Position du Planning Familial sur l’accompagnement sexuel

La santé sexuelle et affective des personnes en situation de handicap a pendant (trop) longtemps été un non-sujet. Mais il existe aujourd’hui un consensus sur le droit des personnes handicapées à une sexualité épanouie et libre. Et selon la définition de l'OMS, l'accès à la santé sexuelle est un droit de l'individu. Mais la question qui fait régulièrement débat – et le Luxembourg ne fait pas exception - est celle de l’accompagnement sexuel présenté par certains comme « la » solution afin de combler les besoins sexuels et/ou affectifs des personnes en situation de handicap.

Mais de quoi parle-t-on au juste ? L’accompagnement sexuel est un service s’adressant aux personnes en situation de handicap et presté par une personne tierce. Les actes proposés peuvent aller du toucher jusqu’à la pénétration en passant par la masturbation. L’accompagnement sexuel ne se résume donc pas à l’acte sexuel. Selon les définitions, elle peut englober les caresses, les massages, voir le positionnement de deux personnes handicapées afin de faciliter leurs échanges. On pourrait alors parler d’ accompagnement sexuel actif et d’accompagnement sexuel passif. Cette mise au point est nécessaire car elle explique la position du Planning Familial sur cette question épineuse.

En juin 2016, dans une prise de position officielle, le Planning Familial indiquait s’opposer à la prostitution car « basée sur la marchandisation du corps ainsi que sur la domination masculine qui structure nos sociétés patriarcales ». Dans cette même logique, le Planning Familial ne peut donc que s’opposer à l’accompagnement sexuel actif car il s’agit d’une forme de prostitution. Les actes sont tarifés et l’objectif de l’accompagnement sexuel est de répondre aux désirs sexuels de clients. Et dans 90% des cas la personne en situation de handicap est un homme et l’assistant sexuel une femme. Soit une utilisation du corps des femmes pour répondre aux désirs sexuels des hommes. La base même du système prostitutionnel tel que nous le connaissons.

Toutefois, si l’accompagnement sexuel est passif (rapprochement des corps, aide au déshabillage, initiation aux sextoys…) le Planning Familial y est favorable mais sous certaines conditions : une formation spécifique des assistants sexuels (un.e sexologue avec spécialisation par exemple), une législation très encadrée, un statut légal… Une légalisation de l’accompagnement sexuel passif sans cet encadrement, sans une solide stratégie ni ambition sociétale est, selon nous, vouée à l’échec.

Légalisation ou pas, accompagnement sexuel actif ou passif… Le Luxembourg est amené à se poser la question. En attendant, le Planning Familial continue à défendre la reconnaissance et la promotion de la vie sexuelle et affective des personnes en situation de handicap et milite pour faire changer le regard de notre société sur leur sexualité. Pour ce faire, nous demandons :
- Une meilleure protection des personnes en situation de handicap contre tout type d'abus et notamment sexuel
- Une sensibilisation et une formation plus poussées du personnel en contact avec les personnes en situation de handicap
- La mise en place d’un projet pédagogique concernant la vie sexuelle et affective dans les institutions qui hébergent des personnes en situation de handicap
- Un respect de l’intimité dans les institutions qui hébergent des personnes en situation de handicap
- Une plus grande accessibilité des lieux publics, avec une attention particulière aux lieux de sorties (cinémas, bars, restaurants, discothèques…)